Ne dites pas dernier délai dites Quasimodo

Pour les élus de son territoire, La Capitainerie, qui en est pourtant la seule salle de spectacle, n’est pas un enjeu.


Les saisons culturelles relèvent de la compétence* de leurs communes et/ou communautés de communes, qui les prennent en charge et les financent ; à raison de plusieurs euros par habitant et par an. Initiative citoyenne, à but non lucratif, La Capitainerie apporte à son territoire sa seule saison culturelle. Et son fonctionnement - innovant - coûte beaucoup moins cher qu’une structure publique équivalente. Même en l’aidant très correctement, son territoire s’en tirerait donc à très bon compte et pourrait même légitimement le revendiquer auprès de ses contribuables.

Malgré cela, le soutien local est de très loin inférieur au minimum vital. Nous n’y voyons que deux explications possibles : soit les élus considèrent que ce territoire n’a pas besoin d’une saison culturelle, soit ils jugent La Capitainerie inapte à tenir ce rôle.   Sinon, c’est qu’ils se défaussent (peut-être par incompétence) sur ceux grâce auxquels La Capitainerie n’a pas encore disparu : l’équipage, les collectivités qui la soutiennent et le mécénat.

Nous n’avons ni explication, ni possibilité d’échange. A chacun d’en juger, simplement, sur un épisode récent : lors de trois journées porte-ouverte destinées aux 224 élus municipaux de notre communauté de communes  (Entre Dore et Allier) que nous avions tous invités par un courrier transmis via leurs mairies respectives, un seul élu s’est déplacé, un autre s’était excusé. Pas une équipe municipale n’a jugé nécessaire d’être représentée, ni même d’accuser réception de l’invitation.

Ni explications, ni échange, ni écoute. Les élus statuent par défaut sur un dossier dont il est clair qu’ils ne le connaissent pas et sur lequel ils se contentent d’a priori. La plupart d’entre eux n’ont jamais franchi - ne serait-ce que pour juger sur pièce - la porte de La Capitainerie ni ouvert un dossier la concernant. Comme s’ils se tenaient à l’abri de nos arguments.

Ces arguments ne manquent pas : vingt-cinq ans d’existence dans quelques semaines, plus de cinq cents spectacles, un nombre certain d’artistes d’envergure nationale voire internationale ; les soutiens suivis du Département et de la Région ; des aides de l’Etat et même de l’Europe ; la reconnaissance des professionnels, du public, de la presse ; quelques partenaires privés...

Nous ne pensons pas que tant d’élus soient fermés à ce point à la question de la culture, ni fermés au dialogue, mais plutôt que quelque chose, dans notre système démocratique local, dysfonctionne gravement. D’un optimisme maladif, nous voulons croire que cet éditorial provoquera, d’une façon ou d’une autre, un réveil salutaire extrêmement rapide.

Il est absolument indispensable.


* ce n’est pas une compétence obligatoire mais la plupart des territoires mettent un point d’honneur à proposer la leur